13/02/2017

Les Eleveurs – restaurant bien élevé – Halle, Brabant Flamand, Belgique.

les eleveurs photo.JPG

Voilà une maison qu’elle est ancienne, 120 ans au compteur, un patron, Andy De Brouwer , qui est la 4° génération de patron familial de l’institution, ancien café de village, devenu hôtel-restaurant, et ça y est, bingo, c’est arrivé à Halle aussi, au-delà du ring, à 16 km de Bruxelles et 280 de Paris, sur l’enseigne,  ya marqué « bistronomie ». 

Bistronomie, on ne sait plus que faire avec ce mot valise qu’on nous sert à toutes les sauces ;  allez, on décide qu’on s’en tape du mot, d’autant qu’on sait déjà, parce qu’on est déjà venus, que le patron il assure sa race en matière de vins, qu’il adore la découpe en salle et que le chef, Michel Borsy, ancien du Chalet de la Forêt, du Rouge Tomate et de feu l’amateuriste Gaspar (mais la cuisine était bonne) qui officie aux Eleveurs  depuis un an sait y faire quand il s’agit de gourmandise.

J’y avais mangé il ya quelques mois un plus que bon menu avec dedans du volatile tiré en vol (je n’aime pas trop la chasse mais j’aime bien quand ça tombe dans mon assiette) et là nous optons, ma commensale et moi pour la carte, parce quand même c’est trop gai de manger à la carte, que ce soit à la friterie ou dans un deux étoiles, oui, bordel, j’aime la carte, donnez moi la carte (que ça fait parfois encore plus fumer la tienne de carte, mais tant pire).

Donc, Saint-Jacques rôties pour moi (avec un beurre blanc que je terminerai à la cuiller) et excellent gratin moutardé de tête de veau pour mon amie qui aime manger qui m’accompagne. La tête de veau manque un fifrelin d’assaisonnement – on corrige avec deux grains de fleur de sel –  on poursuit  d’une volaille rôtie pour deux, pour laquelle nous prenons l’option demi-deuil avec truffe mélano glissée sous la peau. Cette option nous sera facturée 40 euros, ça douille un peu mais c’est de la vraie mélano.

La volaille vient de la Pouletterie de Lustin,  l’éleveur en vogue du moment et ça vaut toutes les volailles de Bresse et c’est local. L’autre jour que je cherchais où était Mettet, je me suis perdu à Lustin, c’est pas loin, c’est local.

La volaille arrive entière, Andy réalise des prouesses à la découpe, il faut le voir, il est plus précis qu’un chirurgien plastique, il renvoie ensuite la volaille en cuisine qui revient  sur assiette avec une très belle sauce au porto, des légumes juste cuits (mais cuits) et même quelques frites que nous n’hésiterons pas à demander en sus.

La truffe est juste présente, bien là, on ne regrette pas les 40 euroballes.

Dans les verres ? Au verre, à l’initiative d’Andy qui, sans chercher à épater avec des vins trop nature, préfère quand même en général  le bio. Avec les vins au verre, j’oublie toujours ce que j’ai bu, mais ça m’est un peu égal, vu que les accords étaient justes, notamment avec mes Saint-Jacques .

Avec la volaille, nous avons bu le vin fait « pour Andy », en Grèce, déjà bu lors d’un précédent dîner, rond et équilibré et qui se mariait très bien tant avec la sauce, la chair que les truffes qui embaumaient le volatile décédé.

Les Eleveurs, c’est une vraie maison, un vrai restaurant avec aux commandes un restaurateur et en cuisine un vrai chef.  Ici, cela transpire le métier, fait avec passion, pour le plaisir du client qui aime manger et boire.

 

Les Eleveurs.

Suikerkaai 1A

1500 Halle

16:25 Écrit par Carlo dans chefs, Restaurants | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

08/04/2016

Stefan Jacobs, Capsule Culinaire, quelque part au bout d’une voie romaine avec des pavés en Wallonie

IMG_6955[1].JPGStefan Jacobs? Vous vous souvenez de ce Mozart de la cuisine, très rapidement étoilé en 2013 après seulement quelques mois d’ouverture de son restaurant ucclois Va Doux Vent, à 23 ans à peine.

Puis le Va doux Vent a fermé (il y a maintenant le prometteur Brinz’L de Laure Genonceaux à la place) et Stefan Jacobs s’est lancé dans un projet à la fois minimaliste et ambitieux: créer un restaurant dans l’enceinte de la ferme Brasserie Bertinchamps, avec juste un gars en cuisine et un gars en salle, mais avec la même ambition que celle affichée au Va Doux Vent. Même que, ce déménagement à la campagne est l’occasion d’un virage encore plus localoslowvoriste, ce qui m’excite déjà avant de commencer.

Donc, la vieille (et bien suspendue) C 200 cdi du jour (à part ça, Sergio, tu me rends ma Mini quand tu veux) tombait juste à pic pour affronter le dernier tronçon d’un km de route pavée digne d’un Paris-Roubaix qui mène à la Ferme Bertinchamps (Les utilisateurs de SUV et autres SAV pourront pour une fois se réjouir de leur achat). Le lieu respire tranquillement la ferme à brol, même si, par contraste, l’espace Capsule Culinaire où officie Stefan est propre et net, blanc et bois, pas vraiment écoré, mais simple et agréable.

Un seul menu, rappelons que le chef a juste un commis en cuisine, produits locaux, intitulés lisibles, formule bière (de la Bertinchamps) et vins qui va avec, on n'a pas le choix, mais on n’est pas là pour commander un steak au poivre, il y en a d’autres pour ça.

Bref, dans l’assiette? Ben, j’aime autant de le dire tout de suite, Stefan m’a claqué une bonne claque dans les dents dès la première mise en bouche et, comme disent les amateurs de vins qui savent, c’est resté tout "tendu" pareil jusqu’aux mignardises, sans faiblir. J’ai mieux mangé qu’au feu Va Doux Vent, même que, j’ai ressenti la même intensité que lors d’un dîner chez Isabelle Arpin (Restaurant Alexandre, quand c’est elle qui cuisine,mon coup de coeur 2015). Lard confit et sarrasin, truite crue marinée, hure de porc, asperges et ravioles de paleron, pour ne citer que quelques un des moments (très) forts de ce repas. Dans le verre? Beaucoup de vins du Ventoux (je me demande même si du blanc au rouge, on n'a pas bu que ça), bio et francs du collier, pas exceptionnels, mais gentiment accordés à la cuisine. Je n'ai pas zieuté la carte des vins, mais vu l'ambition simpliste du lieu, j'espère que les amateurs de flacons haut de gamme sont autorisés à apporter leur boire, moyennant droit de bouchon.

Bref, Stefan Jacobs n’a peut-être pas là l’écrin absolu que mériterait son grand talent, WTF, comme diraient mes filles, il nous a emmené vers une très belle intensité gourmande, le tout emballé par un service très gentil et attentionné (et émaillé de très nombreux « voilà-voilà ») et surtout, la présence à la fois omniprésente et discrète de Stefan, lequel à la différence de ce qu’il faisait au Va Doux Vent, sort lui-même avec les assiettes.

Un grand très jeune talent, un garçon qui sait à la fois cuisiner, accueillir et raconter, un gars qui va, j’en suis sûr, encore faire beaucoup parler de lui et dont le talent - et l'ambition -  ne font qu’éclore!

Last but not least, tandis que la 200 cdi ronronnait pépère à 140 au cruise control sur la E 411 du haut de ses onze ans d’âge, je me sentais à la fois repu et léger, léger, comme le professeur Tournesol dans la pub Fruidor, et ça aussi, ça compte !

"Capsule Culinaire"

BRASSERIE-FERME DE BERTINCHAMPS 
rue de Bertinchamps, 4 
B-5030 GEMBLOUX

Ouvert jeudi, vendredi, samedi, dimanche midi.

15:10 Écrit par Carlo dans chefs, Restaurants | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

18/10/2015

San (chichis), restaurant avec bols que c'est très très bon ce qu'il y a dans les bols

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Sang-Hoon Degeimbre! On ne le présente plus, ce chef wallonissime (mais né en Corée), il est installé dans la cour de sa magnifique ferme transformée en paradis de la gastronomie, à Liernu, du côté d'Eghezée, il a lancé le mouvement de chefs wallons de Wallonie, le bien nommé Génération W (avec un "w" comme dans "wallon").

A Liernu, Sang-Hoon - que tout le monde appelle San - avait déjà un restaurant, un jardin potager exceptionnel grâce au talent de Benoît Blairvacq, un espace de cours de cuisine et des chambres d'hôte. Il manquait quoi? Allez, mais oui, mais c'est sûr, un chef qui réussit, il doit avoir une deuxième adresse, pas forcément à Tokyo, hein, parfois, comme chez Anne-Sophie Pic, c'est en face, non, mais une deuxième adresse, plus accessible, une adresse "diffusion" où le chef peut toucher plus de gens, lesquels gens seront attirés par la notoriété du dit chef qui, sans cuisiner lui-même, pourra accorder son onction étoilée à la carte, au chef et au lieu afin de drainer immanquablement plus de mangeurs plus rentables, car on le sait, un restaurant étoilé, ce n'est pas forcément l'activité la plus rémunératrice du monde.

Alors, pour San, ce sera San, et pour l'occasion, il change même de pays et d'univers. Liernu n'est la capitale que d'elle même, mais en revanche la deuxième adresse de San - qui s'appelle San; je veux dire la deuxième adresse de San s'appelle San, car San aussi s'appelle San, enfin, ses amis l'appellent San - se trouve au centre de Bruxelles, donc de la Belgique, donc de l'Europe, presque du Monde. On est rue de Flandre-Vlaamsestraat, quartier Sainte-Catherine Dansaert, à un jet d'espuma de Henri (ma brasserie préférée dans le quartier), et même que San est contigu à Viva m'Boma, mon restaurant d'abats préféré du quartier(c'est pas difficile, vous allez me dire, y en a qu'un). Il est même juste à côté des éditions 180° éditions de Robert Nahum, l'homme qui à l'université, noircissait ce qu'il ne fallait pas retenir dans ses syllabus plutôt que de surligner ce qu'il fallait étudier, mais ça n'a rien à voir, mais bon, j'aime beaucoup Robert Nahum.

Chez San, il y a quoi? Des bols. Quoi juste des bols avec de la soupe? Mais non, allons-y direct. Chez San, il y a des bols avec de vraies superbes créations gastronomiques dedans. On n'est pas du tout dans une déclinaison brasserie du talent de San. On est dans une volonté vraiment gastronomique, mais réduite à l'essentiel.

Deux gars en cuisine, deux (ou trois) personnes au service, et trois menus (3-4-5 bols).

Les bols changent tous les mois.

Combien les menus? 35-45-55 euros.

Et on boit quoi? Une sélection de vins dits "nature"qui font couler jusqu'à présent plus d'encre que de sulfites.

Bon, et l'expérience San, ça donne quoi? Une fois de plus je vous donne la mienne, elle en vaut que pour moi, mais on ne sait jamais, si ça peut vous être utile, je continue. J'ai raide kiffé les bols; ce soir là il y  avait notamment le Liernu (des légumes et du jus de légumes lactofermentés, frais-puissant), le Gent (un waterzooi ++ riche et onctueux) et le Roussillon (un dessert qui sublimait - merde, c'est parti tout seul, "sublimer"- les fruits à noyaux).

Les vins? A part l'Amphibolite (un Muscadet que j'aime encore bien) qui manquait à l'appel, les vins goûtés étaient tous des "nature" très propres, sur le fruit, le terroir et sans arômes parasites d'oxydation ou de réduction.  Je laisse aux polémistes naturosceptiques le soin de continuer le débat. Pour moi, ce débat pro ou contre "nature" est obsolète.

Et donc, au final, cette expérience? (bis). Nous étions au bar. Le service est un poil lent, le responsable de salle un tout petit peu tendu et nous a fait lanterner pas mal avant de nous proposer les cartes et/ou de nous rincer le gosier, préférant accorder une part importante de son temps à deux très charmantes jeunes filles arrivées après nous.

En revanche les deux chefs sont charmants, détendus, efficaces et on peut parler au wattman pour lui demander des détails sur l'un ou l'autre bol, il prend le temps, tout en continuant de dresser et d'envoyer avec science et précision.

Le défaut de s'installer au bar? Les voisins de comptoir. Nous avions hérité de l'amateur oenophile du jour, qui a prononcé le mot "tendu" 453 fois - en référence aux différents vins qui lui étaient servis, son expertise en tension de strings étant à vue de nez inversement proportionnelle à ses aptitudes olfactives vinicoles -  suivi ensuite du mot "problème" (ce vin a un "problème") énoncé avec l'aplomb implacable de ceux qui savent quand il y en a un; ceux-là mêmes qui les créent, le plus souvent, à défaut de les résoudre. Bref, un vrai de vrai. Au final, y a pas de mal, cet épisode nous a fait plus rire qu'un sketch de Laurent Gerra.

En résumé. J'aime. J'aime parce que San nous offre une réelle expérience de gastronomie (et oui, amis mangeurs "il y a assez à manger"). San Degeimbre, en faisant San, a tout simplifié, sauf le plaisir que t'as en bouche.

Et -parce que j'ai entendu ça et là "c'est cher"- un tel plaisir gustatif à 35/45 ou 55 le menu, mon portefeuille et moi pensons que ça les vaut.

Mais on n'est surtout pas obligé de penser comme moi, manquerait plus que ça.

San.

Rue de Flandre, 19 - 1000 - Bruxelles

 

17:53 Écrit par Carlo dans chefs, Restaurants | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | |

10/10/2015

Bozar Brasserie (en croûte!) restaurant gourmand avec chef artisan.

tourte bozar.JPG

Y a des endroits comme ça on n'y va une ou deux fois, puis on y va plus, puis on se dit qu'on devrait y aller, puis on se dit que la lumière est un peu froide, on finit par ne plus se souvenir qu'on y avait bien mangé et un jour, à force d'oublier d'y penser on finit quand même par y retourner. Bozar Brasserie, ça fait déjà cinq ans que ce restaurant attenant au Bozar et à la Cinématek (mais avec son entrée à lui depuis la rue, ce n'est pas un restaurant du Bozar, il est à Bozar, et la fonction de brasserie d'après-spectacle ne saute pas vraiment aux yeux, et perso, je m'en tape) est ouvert.

Cette brasserie est placée sous la direction de David Martin que c'est un de mes chefs préférés - j'ai refait à La Paix il y a peu un dîner mémorable dont le masterpiece était un plat de côtes qui platecôtait sa race d'Angus - mais il y a aussi et surtout un vrai chef artisan aux commandes, Karen Torosyan (non, pas la cousine de Kim Kardachian) un raide dingue de plats traditionnels français de France dont il traque les subtilités jusqu'au bout avec une vraie envie de perfection classique chevillée au corps.

Karen Torosyan est ce que l'on peut appeler un artisan avant d'être un chef. Il y a de l'esprit MOF dans ce chef. Le tour de la carte que j'ai fait ce soir là m' a plus que convaincu de toutes ses capacités de chef créatif qui maîtrise à la fois les textures et les cuissons (je me marre tout seul à chaque fois que j'écris maîtrise des textures et des cuissons, je pense à toutes les fois ou d'autres frères tâcherons l'ont répété à l'infini) Un exemple? ce moule frite "revisité" (je me demande si "revisité" n'est pas pire que "sublimé, mais soit) où la frite est une espèce de croquette mais une frite quand même et où le jus de moule (les connaisseurs apprécieront) est un ravissement des papilles (aujourd'hui on peut jouer au jeu des 7 tartignoleries dans ma chronique) .

Tout ça, c'est très bien, mais en sus, Karen Torosyan, il a une passion, c'est la quête inlassable du plat un peu bourgeois, un peu désuet, mais surtout, parfait. 

Prenons l'exemple de son pâté en croûte. Normalement un pâté en croûte, tu le vois, tu te réjouis, tu te dis, chouette je vais bouffer du pâté en croûte, et bof, la pâte est molle, détrempée, la farce quelconque et rien ne se passe ni dans ta bouche, ni dans ta tête, faut pas demander, dans le slip. Et ça même s'il vient d'une bonne maison comme Douce France, où tout est assez bon, mais le pâté en croûte est moyen.

Sauf que là, le pâté en croûte de M. Torosyan, il parle, il fond et résiste à la fois, il te réconcilie avec le pâté en croûte, et ça c'était juste le pâté froid proposé au Bozar.

Parce qu'à la carte, il y a une tourte, une tourte chaude, servie uniquement pour deux couverts (une trentaine d'euros le couvert) et là, t'es projeté à la fois dans Le Festin de Babette et Les Saveurs du Palais (avec le chevrotant d'Ormesson mais la pétillante Catherine Frot).

La pâte brille, elle est guillochée comme une pièce d'orfèvrerie. Dedans la farce épouse la pâte  qui la serre collé-serré comme un push-up. La farce: cochon, volaille, chou, foie gras. Autour, un jus de veau bien serré et de vrais légumes.

Bref, c'est pas pour toutes les bouches ni tous les estomacs, mais on aura compris que comme on dit chez nous (enfin, pas vraiment chez moi), ça m'a bien goûté.

Un bémol? Ben, deux choses. La première, c'est que, comme je le disais il y a des années pour la Paix, ce n'est plus vraiment une brasserie, on est dans de la gourmandise d'inspiration brassière, mais même en prenant juste un américain, c'est plus cher que dans une Brasserie, est-ce un bémol? je laisse aux spécialiste ès bémols le soin d'en juger.

Il reste un truc qui n'a rien à voir avec la cuisine, c'est l'ambiance générale. L'architecture de la salle, qui est née art-déco, est sublime. La cuisine ouverte est aussi très belle. La lumière, depuis la dernière fois que je suis venu s'est réchauffée un peu; mais, l'ambiance reste un peu froide, et je n'arrive pas à comprendre pourquoi.

Je dis ça c'est pour que vous y alliez et que vous passiez outre cet inconvénient mineur (qui ne le sera pas pour certains, mais peut-être pour d'autres en quête de restaurants romantiques) car pour une raison qui m'échappe, le choeur des faiseurs d'opinion bruxellois parle rarement de cette adresse et de son chef.

Ben moi, Je créerais bien un club des amis de la tourte façon chef Torosyan.

Palais des Beaux-Arts
Rue Baron Horta, 3
1000 Bruxelles

 

14:48 Écrit par Carlo dans chefs, Plats cultes, Restaurants | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | |

19/09/2015

Les Petits Ruisseaux, restaurant éphémériste, Mechelen, Vlaanderen, jusqu'au 11/11.

maarten.jpeg

C'est à Mechelen, oui, la capitale de l'archevêché Malines-Bruxelles, renommée pour son catéchisme (de Malines) et son coucou (de Malines) que le chef Maarten van Essche a refait un restaurant éphémère. En bon francophone, j'en avais jamais entendu causer - mais Graziella oui, du coup elle nous y a entraînés avec Umberto et Laurette -, mais l'homme  n'en est pas à son coup d'essai, et il a posé ses casseroles dans une, semble-t-il, ancienne cale sèche à sécher les bateaux pas secs laquelle jouxte une maison néo-classique dix-neuvième juste à peine croyable, entourée d'un fabuleux jardin, le tout en pleine ville, ça en jette.

Dedans, une subtile harmonie de briques peintes et de tables de bois brut donnent une atmosphère qui invite à rejoindre Maarten dans sa quête d'une gourmandise épurée et tournée vers le produit (moi aussi je peux le faire, hein).

Donc, vu que c'est éphémère, c'est jusqu'au 11 du 11, juste pour info.

Je dois dire que j'aime les moyennes distances (30 bornes depuis Bruxelles) pour aller dîner. D'abord, ça fait venir l'appétit, ensuite, j'aime profiter d'une adresse sans jugement de valeur par rapport au quartier, la rue, comme on est toujours stupidement tenté de le faire dans sa propre ville.

Deux menus, un avec "dieren", l'autre sans "dieren", accueil charmant, Maarten nous parle spontanément dans notre langue, bien plus à l'aise en français que nous ne le sommes en néerlandais.

C'est parti pour deux menus avec (dieren) et deux sans, avec le forfait vin qui va avec, rien que du nature, nous dit le chef.

C'est bon? D'emblée, oui, on est ici en plein dans les assiettes que j'appelle de juxtaposition, on pose des ingrédients différents l'un à côté de l'autre, et ici, je dois dire que ça fonctionne, on est dans la jurisprudence Noma-scandinave, sans excès de technicité ou de conceptualisation, un peu comme chez feu Neptune ou encore à La Buvette, voire même, Bouchery (le tout à Bruxelles, capitale de la Belgique). J'avoue que je ne suis pas trop fan de cette tendance juxtapositionnelle, je préfère le plus souvent que les choses dans l'assiette s'interpénètrent plus fort, à la manière de la cuisine d'une Isabelle Arpin, de chez Alexandre (on est toujours à la capitale). Cela dit, il y a quelques véritables morceaux de bravoure dans ce menu, comme la "salade", une romaine cuite, surmontée d'oseille et je sais plus mais c'était très bon, un canard aux betteraves, une sèche aux échalotes. Last but not least - et aussi très tendance, mais c'est une tendance qui me ravit - le wortelpeterselie en dessert, délicieux.

Côté vin, du nature, qui se présente parfois avec des défauts, surtout un blanc dont je me suis dépêché d'oublier le nom, "spacciato" pour oxydatif (certes il l'était) mais l'oxydatif qui tire vers la pomme à cidre cuite m'excite moins que les vraies senteurs de noix d'un savagnin bien fait. Le wortelpeterselie en dessert était escorté en revanche d'un chenin de Loire moelleux mais pas trop, un accord juste excellent.

Alors, sur la E19 du retour, tandis que les 71 malheureux bourrins de la Twingo bleu ciel du jour - qui semblaient avoir étés nourris à la Kétamine - peinaient à atteindre un règlementaire 120 km/h, je me demandais si j'avais envie d'y retourner ou de suivre encore Maarten dans d'autres aventures. Oui pour la magie d'un lieu, le cocooning calinothérapeuthique sobre de l'accueil, les assiettes juste et légères, un peu moins pour les accords vins-mets - j'aime les vins nature mais j'aime pas quand c'est trouble (au nez et ou à l'oeil) , et un peu moins quand même pour l'addition. D'accord c'est éphémère, mais le souvenir de l'addition est assez durable. Plus de 120 euros par personne, avec les vins, d'accord, mais ça fait quand même cher la carotte de persil tubéreux.

Allez, quand même, on va dire "à suivre",car ce jeune homme talentueux n'a sûrement pas fini de faire parler de lui.

http://www.maartenvanessche.be/FR/#Start

 

14:12 Écrit par Carlo dans chefs, Restaurants | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | |

06/06/2015

Trois questions à Laurent Martin, chef La Frairie, Perwez

 

 laurant martin.jpgLa Frairie, une maison tenue par le chef Laurent Martin et sa femme, 17 ans de maison au compteur, 9 ans d'étoile Michelin et boum, en novembre dernier, le sale coup pour le moral de la perte de l'étoile. Moi, les étoiles Michelin, ce n'est pas que je m'en fous, loin de là, même, mais je n'entrerai plus jamais dans la discussion de l'étoile méritée ou pas. Que ceux qui se sentent des envies de donner des bons points ou des mauvais sur l'étoile fassent leur propre guide, on verra bien s'il y aura 600 personnes à la conférence de presse. En attendant, Laurent Martin, qui est un homme chaleureux, dingue de goûts et qui aime sa maison et son travail de chef envers et contre tout, peaufine au quotidien une cuisine gourmande qui remplit son restaurant et c'est tout le mal qu'on lui souhaite.

Un petit dîner hier, entre deux orages a été l'occasion de lui poser mes trois questions presque fétiches.

Quelle est la cuisine qui te plait, que tu aimes manger, que ce soit toi qui la fasse ou un autre?

LM: La cuisine qui a du goût, celle qui dès que tu la mets en bouche te procure une émotion. L'émotion peut provenir d'une simple patate, bien choisie, parfaitement cuite et assaisonnée. sinon, je suis raide dingue de crêpes, nous faisons régulièrement ma femme et moi des crêpes, et je dois me retenir de toutes les manger.

Quand il m'arrive d'aller dans une grande maison, je ne dissèque pas, je cherche le plaisir, le bon moment, Ma dernière grande émotion dans une grande table? Carme Ruscalleda, la seule femme en Espagne a avoir trois étoiles au Guide Michelin.

Quelle évolution vois-tu pour la gastronomie dans ta région et dans ton pays?

 Je pense que nous allons être de plus nombreux à revenir à des menus plus courts, plus enlevés, Il nous faut chercher le plaisir de celui qui vient s'assoir à notre table sans le fatiguer. Le "trop technique" a vécu, et en même temps le "plus de technique" est resté. On est revenu à des choses plus simples mais avec l'aide d'une technique plus maîtrisée.

Le locavorisme? Oui, certes, j'aime les produits de ma région, notamment les légumes, mais j'aime me fournir aussi en France pour nombre de produits et notamment la viande (Ndl'A. le soir de notre dîner nous avons en effet pu nous faire plaisir avec de superbes asperges belges et un canard français de Challans) 

De quel produit, de quel ingrédient ne te lasses-tu jamais?

La coriandre thaïe et le citron vert, ce n'est pas très local, je sais, je suis fou de citron, vert ou jaune, mais le vert, j'en raffole.

Avenue de la Roseraie 9, 1360 Perwez, Belgique

+32 81 65 87 30

(c) photo Luc Viatour

18:44 Écrit par Carlo dans chefs | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

23/04/2015

Trois questions à Filippo Santangelo, chef, Pouic-Pouic, Chapelle-lez-Herlaimont

pouicpouic3.jpg

 

Filippo Santangelo est le chef de Pouic-Pouic, un restaurant gratifié par le guide rouge d'une étoile, bien accrochée au fronton de la maison depuis que c'est Filippo, justement - qui était en salle jusque 2009 - qui s'est installé aux fourneaux. On est dans la région du Centre, le lieu a été rénové de manière, on va dire, assez visible, mais sans faute de goût, la cuisine s'ouvre sur la salle, normal pour un chef, qui y était avant, en salle.

J'aurai l'occasion d'y retourner et de vous entretenir par le menu de la cuisine de Filippo, retenons toutefois de ce premier passage un jus de queue de boeuf (sans jeu de mots) absolument mémorable (l'affaire nécessite 50 kilos de bidoche pour 6 litres de sauce, on la savoure) et un crescendo étonnant au moment des desserts, à base de légumes, qui vous font quitter le lieu léger comme une fée clochette, oui, même moi.

C'était l'occasion, de poser les trois questions traditionnelles au chef:

Filippo, quelle est la cuisine qui vous plaît, que ce soit vous qui la fassiez ou quelqu'un d'autre?

FS: Clairement, je préfère la cuisine que font les autres! J'aime mettre les pieds sous la table, m'attabler aux grandes tables, j'ai véritablement appris à manger dans les étoilés de Belgique et d'ailleurs. Mes préférés? En Belgique, Slagmolen, et ailleurs, Jean-Georges Klein, de l'Arnsbourg, en Alsace, une table à la fois simple et sophistiquée.

Quelle évolution voyez vous pour la gastronomie dans votre région et dans votre pays?

FS: Dans la région, je suis content de constater que ça bouge, ça évolue, on est un peu plus nombreux à défendre la gastronomie. Plus généralement, je me réjouis de voir que l'on revient à de vraies valeurs, sans trop de fioritures, on a quitté le moléculaire et c'est le goût qui s'impose.

J'ai quand même vu quelques siphons passer entre vos mains ce soir...

FS.: Oui, mais c'est juste pour aérer un peu mes préparations (rires)

De quel produit, de quel ingrédient ne vous lassez vous jamais?

FS: les oeufs! J'adore les travailler, les manger. Mon oeuf préféré? A la coque, 6 minutes, départ à froid.

Mouillettes? Oui, au beurre salé.

pouicpouic1.jpg

Rue du Chemin de Fer, 57
7160 Chapelle-lez-Herlaimont
Téléphone: +32 (0) 64/21.31.33

19:58 Écrit par Carlo dans chefs, Restaurants | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

07/02/2015

Leuven Felicecittà!- Ristorante Rossi – Restaurant – Leuven – Flandres – Belgique

rossiristorante.JPG

Mon ami Pitou Vdh m’avait dit d’y aller, puis je me suis souvenu que mon géniteur m’avait fait la même recommandation il y a quelques mois : il y a à Leuven un type qui fait de la vraie bonne cuisine italienne « slowfoodienne » sans faire de bruit si ce n’est celui des fourchettes,  vas-y. Ca tombe bien, j’adore changer de ville, me sortir de cet univers mental crétin qui fait que dans ma ville je dois toujours ranger les adresses dans des cases en fonction de mes affinités avec l’un ou l’autre quartier que souvent je crois connaître. Leuven, c’est à un quart d’heure de E40,  et en deux pas dans le centre je me sens en Lombardie prêt à attaquer la cuisine d’un gaillard du cru. Je suis vierge de préjugés, mon appétit est en forme, mon envie bien lunée de découvrir est immense, Graziella est là avec sa science de la dégustation qui parfois tempère mes enthousiasmes trop rapides.

Rossi , comme la marque de Martini Rossi, comme Paolo Rossi, comme le voisin de tout un chacun, en Italie, Rossi c’est comme s’appeler Smets, sauf que c’est plus joli.

A la réservation au téléphone on m’avait prévenu « op vrijdag is er een verplicht drie gangen menu maar als er is iedts dat niet lust mag je wel veranderen »

Un sonore « buonasera » du chef à l’arrivée me rassure sur l’italianité DOC de l’endroit. Drie gangen ? L'antipasto, bruschetta-anchois-cabillaud-légumes que je ne luste pas à l’énoncé et on me propose à la place une soupe de chou fleur qui s’avèrera être une vraie performance. Chou fleur passé, morceaux, jus vert, une micro quenelle de foie, de la cuisine genre « La Buvette » mais à l’italienne, une petite claque.

Graziella a opté pour la bruschetta délicieusement relevée d’une pointe d’anchois.

Avant cela, petite salade de fenouil-orange en mise en bouche, parfaitement assaisonnée, où on sent bien que le chef a tourné chaque composant de la salade dans l’huile d’olive avec ses petits doigts.

Après l’antipasto, le primo, des linguine aux artichauts, guanciale, mie de pain, pecorino. Un "vermicelli alla carrettiera" empowered, une association parfaite entre le guanciale de haut vol – où l’on croit déceler des notes de cannelle – et le soupçon de parfum anisé de l’artichaut.

Le secondo; comme une milanaise mais de lotte avec une mayonnaise sans œuf (montée au fumet concentré de cabillaud), des cime di rapa et des salicornes, acide, amer, gras, sel, tout est dans l’assiette.

Alors, non, ce n’est pas des plats « du répertoire », Felice a appris à l’école mais aussi chez les grands, comme Bottura. Mais ce qui est littéralement passionnant dans la cuisine de Felice, c’est que derrière sa soupe de chou fleur et sa mystérieuse quenelle de foie, derrière ses linguine ou sa milanaise de lotte, on sent une main qui a intégré les « dogmes du juste » de la cuisine italienne avant de s’en affranchir pour faire sa cuisine.

Felice est un personnage sans être encore une vedette du sérail. Avec sa femme Yue, chinoise de Shanghaï, ils s’attablent sur le coup de 23h00 pour manger le même menu que nous. Yue parle un excellent italien, Felice adore la cuisine chinoise, ces deux là envoient une énergie humaine de mangeurs de vie.

Tandis que le quatre cylindres à injection directe turbo essence de la mini ronronne gentiment à 121 au cruise control sur la E40 du retour,  je me souviendrai de la proposition finale de Felice

« Si tu veux une soirée juste autour du cacio e pepe, tu m’appelles ».

A faire.

 

Ristorante Rossi

Standonckstraat 2 3000 Leuven, Belgique

016 62 48 48

 

 

11:24 Écrit par Carlo dans chefs, Restaurants | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

25/12/2014

La ligne bleue des côtes !– Colonel - restaurant, Bruxelles

colonel.JPGLa bien pensance m’oblige à dire régulièrement que la viande, c’est un peu, pas trop souvent et surtout de la bonne (et je le pense bien fort dans ma tête) mais dans les faits de la vraie vie, il est des fois où j’en mange un peu trop un peu trop fréquemment, j’avoue, mais je ne le ferai plus, surtout depuis que je me suis confessé.

Bref, pour vivre à fond cette passion pour la viande qui m’anime , pour manger de temps en temps (mais juste de temps en temps) du très très bon pour mieux revenir ensuite pendant six ans de suite au quinoa-seitan flexitariste, j’aime courir les adresses qui revendiquent la viande, la vraie, la viande maturée;  et si en 2015 si tu ne sauras pas ce qu’est de la viande maturée, tu seras juste une tache.

Inutile de dire (donc je le dis) que je suis un fan de la Table du Boucher de Luc Broutard à Mons,  qu’Alex des caves d’Alex est une de mes cantines et que j’aime David Martin de La Paix d’un amour chaste et sincère et que bien entendu, j’ai les yeux embués à chaque fois que je croise Hendrick Dierendonck, le petit prince des côtes (de bœuf) de la côte (van de kust) qui outre sa boucherie, aura bientôt un restaurant nommé Carcasse.

Colonel vient d’ouvrir au coin de la Rue Jean Stas (le piétonnier qui m’a toujours fait penser à une succursale de la rue des bouchers) et quand mon amie la très belle Barbarella  m’a proposé de découvrir cette nouvelle adresse en prononçant les mots magiques qui font jaillir le désir – « viande maturée » - j’ai commencé à me réjouir d’avance.

Un lieu vaste, pensé, sobre et élégant, l’impression première , c’est qu’on est dans un vrai restaurant au sens de comme à Londres , un investissement solide et bien pensé , ça dégage de l’hyper pro dans la démarche.

La carte, c’est bidoche : des onglets, des hamburgers, et surtout des côtes, à choisir dans le frigo comptoir d’un boucher jeune comme un agneau de lait, gentil comme un veau sous la mère. Barbarella et son physique élancé aiment la viande mais du bout des lèvres, je lui évite donc la Salers et la Rubia Gallega pour choisir une belle normande, bien roulée.

Avant – on mangera de la salade demain – nous commandons un os à moëlle  et une planchette de Noir de Bigorre (du cochon avec pédigrée) qui se décline en jambon, en je sais plus et en boudin noir qui te ferait vendre tes enfants pour en ravoir.

Mention spéciale pour l’os (à moëlle), un bon grand demi coupé dans la longueur dans lequel on a mis les rondelles de moëlle, juste parfait.

Arrive la bête morte de Normandie, servie sur un plat en porcelaine. Nous nous servons et Barbarella demande très justement que l’on nous la garde au chaud. En effet, la porcelaine blanche laisse à penser – à juste titre – que dans 5 minutes cela sera froid; de fait, il faudra en tenir compte, mon Colonel, sans vouloir vous commander. Notre table se couvre de frites – excellentes – d’aligot  -bien tourné – de béarnaise - très très bonne, mais malheureusement froide: la normande, comme souvent dans cette riante contrée laitière, tient toutes ses promesses : qualité de la viande, cuisson, repos, c’est impeccable.

C’est bon, c’est bon, et glisse là dessus un « Sorcières » d’Hervé Bizeul (un des seuls vins du Roussillon que le buveur de gamay - le dimanche- que je suis, aime vraiment). Et si c’est bon c’est bien sûr parce que les produits sont excellents, et parce qu’en cuisine il y un chef, « con le palle quadrate », Benjamin Laborie, qui a appris son métier chez Michel Bras; Benjamin, c'est une gueule, un caractère, avec de vrais morceaux de passion dedans.

Un colonel pour se finir chez Colonel, une addition qui ne plaisante pas – le prix du lieu, des produits et du vrai chef, dans les 160 euroballes à deux – et l’impression que si le chef et les approvisionnements tiennent le coup, on a déjà affaire un un lieu culte, un classique en devenir, voire même un lieu incontournable sur la route des foodies viandophiles.

Colonel

Rue Jean Stas 24

1060 Bruxelles

Photo: Benjamin Laborie, chef de Colonel

 

21:58 Écrit par Carlo dans chefs, Restaurants | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

22/12/2014

Tout un pigeon (entier)! Le Monde est petit – Restaurant – Etterbeek

De temps en temps, j’emmène Priscilla  dîner. Certes, peu souvent, depuis qu’un homme partage son existence et qu’elle se consacre à plein temps à son rôle de mère, Priscilla a peu de temps pour dîner. Pourtant parfois, nous volons du temps au temps autour d’une table, et nous inventons des vies, à la Gotlib ou à la Lelouch, c’est selon, genre par exemple en train de courir sur la plage d’Ostende, avec la camera qui fait le tour,  et deux  Jack Russel  qui gambadent en jappant joyeusement- à propos, au pluriel Jack(s)  Russel(s) ?- .(Oui, merci pour le Xanax, j’en avais besoin)

En brave mouton moutonnier (donc revenons-y), je  décide d’emmener Priscilla et son décolleté au « Monde est petit » que les Michelin ont gratifié, à la surprise du chef, d’une étoile, pas plus tard qu’il y a quelques semaines.

J’avais rencontré le chef , Loïc Villers, il y a quelques années, lequel m’avait bien expliqué qu’il faisait depuis le début la cuisine que lui il aimait pour des clients qui aimaient la même cuisine que lui et qui venaient dans son restaurant pour manger.

De fait, dix ans plus tard, alors que nombre d’enseignes conceptuelles ont passé leur chemin, Loïc est toujours là, et son adresse s’est doucement muée en classique local et a fait son trou au milieu des façades anciennes de l’avenue de Tervuren .

Pas de faute de goût dans la déco, mais rien de moderne, rien de tendance, rien de conceptuel.

L’étoile Michelin est venue ici se poser sur les assiettes comme pour rappeler aux lecteurs du guide rouge qu’une étoile  ça sanctionne « une bonne table dans sa catégorie ».

Et à la carte ? Ben oui, on bouffe à la carte, on n’est pas ici chez un artiste (j’aime beaucoup les artistes culinaires, ne me faites pas dire…) du menu unique, si je veux des croquettes aux crevettes suivie d’un filet pur et d’une dame blanche, on peut.

Donc, c’est parti pour des croquettes aux crevettes pour Priscilla et moi, de mon côté je continuerai « sur » un pigeon et ma muse se contentera de Saint-Jacques, on ne peut pas toujours avoir envie de frites.

Côté liquides, je m’autorise deux verres, flics zélés obligent, ce sera un bon vieux gin tonic bien fait et un verre de gamay car j’aime le gamay, car gamay deux sans trois.

Réglons vite le sort des croquettes aux crevettes. Bien croustillantes, chargées de crevettes, l’appareil à croquette bien savoureux. Le chef fait un choix, celui du fumet de poisson plutôt que la bisque, c’est à la limite presque plus élégant , mais « moi personnellement je » aime encore bien quand le goût est bisqué, Priscilla aussi, mais bon, on respecte le choix du chef.

Arrive le pigeon, tout un pigeon bordel ! (Le chef me confiera que depuis qu’il est étoilé, les geignards foodistas dans mon genre « trouvent que c’est beaucoup, tout un pigeon »), les gennnnnnnnnnnnnns.

Putain de pigeon, rosé, la peau un peu croustillante, dense, cet oiseau à la robe grise est bien entouré de chou, de salsifis et d’une « espuma carbonara » (l’énoncé me faisait peur !) riche et onctueuse. Je me prends tout le pigeon dans le caisson et j’en suis tout réjoui !

Priscilla se régale de ses Saint-Jacques posées sur une tranche de « presa iberica »   (du chic cochon) un peu trop fine pour être reconnaissable (dans sa presa attitude, je veux dire, si vous me suivez toujours).

Le pigeon a occupé tout mon estomac, mon corps se berce d’une langueur monotone, plus de place pour le dessert, mais le café « vient avec » des pralines Passion Chocolat qui sont à la praline ce que Loïc est aux restaurants prétentieux, ça ne m’étonne pas que le chef ait fait ce (très bon) choix  de pralines un peu à l’ancienne pour ses pralines d’avec le café.

En conclusion, ne vous focalisez pas sur cette histoire d’étoile (surtout si vous êtes un foodista qui écume les restos dès qu’il se voient ornés d’un macaron) , et venez manger pour manger, Loïc Villers et son petit Monde restent accrochés à leur bien manger comme ils l’aiment, et si ce garçon tourne ses autres plats comme son pigeon, je risque d’encore une fois bien manger dans son Monde est petit!

 L’addition ? On n’a pas bu grand-chose ni pris de dessert, 120 euros pour deux, y compris tout le pigeon.

Rue des Bataves 65, 1040 Etterbeek (Av. de Tervuren, quartier Montgomery)
02 732 44 34

 

15:14 Écrit par Carlo dans chefs, Restaurants | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | |

19/12/2014

Les Caves d'Alex - Restaurant Quartier Léopold Bruxelles

alex.JPG

Alex aime la bidoche, c’est pour ça que son resto s’appelle « les caves », mais non ça n’a rien à voir, il y a un projet de « on peut louer sa cave chez Alex » derrière ça, mais j’ai pas bien tout compris.

De fait, ce n’est pas le sujet, car le vrai sujet chez Alex, c’est que à prix raisonnable, on peut s’envoyer une bonne côte à l’os bien maturée, bien cuite, bien arrosée de beurre, bien reposée, avec de bonnes frites et de la béarnaise tout près.

Le resto est situé dans le quartier Léopold, à un jet d’os de côte à l’os de la gare du Luxembourg, un quartier que les bruxellois-qui-ne-vont-jamais-au-delà-du-canal ne fréquentent pas trop non plus, vu que déjà la place Saint Boniface «c’est loin". De fait, les quelques fois où je suis allé chez Alex le soir, il n’y a pas énormément de monde, et les tables sont principalement occupées par des expats, genre, je viens de sortir du bureau après avoir achevé de construire l’Europe.

Certes, outre le quartier, la déco ne casse pas trois pattes à un (magret de) canard, celle qui le faisait l’honneur et l’avantage  de partager mon os et la viande qu’il y avait dessus, me faisait d’ailleurs remarquer que c’était, du plancher aux murs en passant par les chaises en zebrano, un cocktail de bois différents qui sonnait un peu dissonant.

Mais de fait, c’est assez rare pour qu’on le dise, on oublie tout ce fatras de choses si importantes depuis les années 90, à savoir le « caaaaaaaaaaaaaaaaaaaaadre » et on se commande une bonne côte, ce soir là une Simmenthal 40 jours, un Beaujolais (j’ai oublié le nom mais c’était juste tramé et fruité comme j’aime, à propos, Alex, réimprime un peu les cartes de vin elles sont un peu fanées) et on se prend juste son pied, sainement et goulument.

Les frites sont gentiment croustillantes (pas au BDB mais juste bien quand même) la béarnaise parfaite, et la bidoche on a en causé.

En micro entrée, Alex nous a servi une tête de veau tomatée, juste bien collante fondante comme j’aime.

Alors, plutôt que de remplir des brasseries foireuses à frites surgelées et fausse béarnaise, bordel, mangeurs de viande, mangez chez Alex, parce que ce type n’est peut-être pas le roi de la déco, mais la barbaque c’est son affaire.

Les Caves d’Alex (allez-y!)

 

Rue Caroly 37
1050 Bruxelles
Tel: 02.540.89.37

 

16:44 Écrit par Carlo dans chefs, Restaurants | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | |

11/12/2014

Trois questions à Christophe Pauly, Le Coq aux Champs, Soheit-Tinlot.

paulyinterview.JPG

Christophe Pauly répond aux questions de Sophie Moens et de ma pomme, à écouter le 20/12 sur La Première

Chef établi, bien noté par les guides, membre du collectif Génération W, Christophe Pauly pratique une gourmandise qui percute les papilles. J'avais passé il y a deux ans une soirée mémorable autour d'un lièvre à la royale, j'ai retrouvé le chef Pauly il y a quelques jours à la faveur d'un enregistrement chez lui pour l'émission "Bientôt à Table" qui sera diffusée sur la Première le 20 décembre à 10h00.

http://www.rtbf.be/lapremiere/emissions_bientot-a-table?programId=302

C'était l'occasion de lui poser trois questions, pour inaugurer une nouvelle rubrique de ce blog, les trois questions étant toujours les mêmes, et bien entendu on les posera à des gens toujours différents, ça va sans dire, mais encore mieux en le disant.

Quelle est la cuisine qui te plait, que tu aimes manger, que ce soit toi qui la fasse ou un autre?

Christophe Pauly:

La cuisine de produits vive et gourmande, mais pas trop grasse, pas trop lourde. Je n'aime pas non plus qu'une cuisine soit trop intellectuelle, trop coupée des émotions. J'aime que la cuisine soit identitaire, personnelle, émotionnelle. Je peux m'emballer autant pour un bon boulet de chez "Lequet" que pour la cuisine des "Troigros", tant que l'émotion est présente.

Quelle évolution vois-tu pour la gastronomie dans ta région et dans ton pays?

CP:

En Wallonie je me réjouis de constater que la cuisine prend un tour personnel chez nombre de chefs qui axent leur cuisine sur leur produit. On sent un petit peu l'émergence de la fameuse "tendance scandinave" qui a mis une "claque" au "moléculaire" et ce n'est pas plus mal. J'apprécie que l'on soit dans notre région de plus en plus locavores, mais attention, on fait de très bons produits ailleurs aussi - j'emploie par exemple dans ma cuisine aussi bien des volailles de derrière le coin que les excellents produits de Racan - et il ne faut pas les oublier dans notre cuisine.

De quel produit, de quel ingrédient ne te lasses-tu jamais?

CP:

J'aime tout, je ne me lasse de rien, tant que le produit est de saison.

Le Coq aux Champs

1* Michelin

17/20 GaultMillau

r. Montys 71
B-4557 Soheit-Tinlot

09:41 Écrit par Carlo dans chefs | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | |

30/11/2014

Villa in the Sky (With diamonds*)

DSC00107.JPG

Ne comptez pas sur moi pour revenir sur l’affaire de l’étoile Michelin attribuée à la Villa in the Sky. Les bibendum font ce qu’ils veulent avec leurs étoiles et je suis convaincu que tous les exégètes de l’étoile Michelin feraient à eux tous seuls de très piètres Michelin et que le Michelin obtenu en faisant la somme des avis et de ces mêmes exégètes serait plus piètre encore, le commentaire mérite (ou ne mérite pas) son étoile étant devenu un des commentaires des plus énervants du moment.

Entretemps, j’y suis été à la Villa dans le sky (le nouveau restaurant, déclinaison de la Villa Lorraine mais au sommet de l’IT Tower avenue Louise à Bruxelles) chez Alexandre+Litvine, et sans déflorer tout tout de suite, j’y ai passé une putain de bonne soirée, dans cette cage de verre, perchée à 120  d’altitude sur cette avenue qui fait la fierté de notre capitale de ce qui reste.

J’étais allé l’an dernier au C Expérience (au même endroit mais avec des chefs invités) et je m’étais fait la même réflexion que celle que je me fais partout où l’on invite des chefs étoilés en dehors de leur restaurant, à savoir que c’était tof, mais que l’expérience ne ressemblait en rien à l’expérience vécue dans un lieu réellement habité, à savoir un vrai restaurant. (Pour qu’on me comprenne, tant qu’à faire de sortir les chefs de leur restaurant, j’aime bien d’en avoir au moins quatre à me mettre sous la dent, alors, comme pas plus tard  qu’hier soir à ce très bon cru de cette année que sont les Nocturnes du Sablon)

Bon ben là, on y est justement, dans un vrai restaurant, et je dirais même que le duo offre à Bruxelles un futur lieu culte, sur la route des « trucs à faire (si t’as un peu de fraîche en poche quand même) » à Bruxelles, en Belgique, en Europe et même dans le monde".

La vue est juste sublime, c’est dégagé mais ça ne donne pas le vertige (et je suis vertigeophobique) la déco est épurée, forcément apurée (des vitres c’est épuré) et les touches de déco restantes (tables, chaises, couverts) sont juste dans le ton.

Aux commandes de la cuisine, on retrouve l’Alexandre (Dionisio, ex Restaurant Alexandre, ex Top Chef) pit-bull comme on l’aime (on n’en perd pas une miette, la cuisine est ouverte) avec –passé l’effroi très passager de découvrir une bonne vieille olive sphérifiée à l’alginate en première mise en bouche – avec donc,  des assiettes qui sont des plats, des plats qui sont des recettes. Tout est bien dense, bien serré, du turbot au beurre salé à l’agneau en passant par le pigeon. Du vrai manger, très très précis, très soigné, pas la claque intersidérale, mais ça sent la maîtrise maîtrisée, du genre que si demain tu reviens, et même dans un mois, ce sera tout aussi bon.

Le dessert déguisé en nappe vichy m’a moins convaincu, mais largement rattrapé par les mignardises servies avec le café.

C’est cher? C’est beaucoup de thunes, une grosse centaine d’eurodollars à midi, une deux centaine le soir, je n’irai pas tous les jours, ni même tous les ans, mais  rien que pour la performance d’avoir mis sur pied un endroit de cette trempe déjà rôdé, carré, calé, au taquet au bout de même pas trois semaines du lancement, on applaudit, on aime, et on se dit que cela participe à sa manière, luxueuse, un peu épatante, à faire briller la ville et sa gastronomie.

La Villa in the Sky

IT Tower – 25ème étage

Avenue Louise 480

1050 Bruxelles 

Tel : +32 2-644 69 14

Du mardi au vendredi

* Merci à Patrick Fievez de m'avoir remis en tête cette histoire de "in the sky with diamonds".

08:10 Écrit par Carlo dans chefs, Restaurants | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |