10/08/2015

Nous irons quand même au Grand Forestier, mais une autre fois, en attendant le Canterbury nous a souri.

cantorbéry.JPG

Il y a une dynastie dans la restauration à Bruxelles, c'est les Niels. Ils seraient nés dans le Nord est de l'Italie, pour sûr qu'ils se seraient appelés Cipriani et qu'ils auraient inventé le Carpaccio. Mais ils sont Bruxellois et l'ancêtre, Joseph Niels, n'a peut-être pas inventé le hachoir, mais sa recette à lui "d'américain frites" - pour les français non expats qui nous liraient, de "tartare" de boeuf avec de la mayo et plein de choses - sa recette d'américain, donc,  n'a pour moi pas d'équivalent, c'est la seule qui me tapisse la langue et le palais de cette manière, la seule que quand je la mets en bouche, je m'apaise de dix degrés sur l'échelle de Scoville du stress de la vie moderne, la seule qui me fait oublier que chaque fois que j'ouvre mon fil d'actu facebook, je lis des commentaires fachos toutophobes ou des appels au meurtre de dentistes imbéciles lionicides.

Si on lit bien la littérature du site web d'une partie de la famille Niels, après moult ouvertures d'adresses en plus de cent ans, les Niels de la génération de maintenant ont séparé le business: d'un côté le Canterbury et la Marie-Joseph, de l'autre le Vieux-Saint Martin et une nouvelle adresse, Le Grand Forestier, à Boitsfort.

Ce que j'aime par dessus tout dans les enseignes Niels (peu importe la branche familiale) c'est cette constante excellence dans le service, la qualité de la bouffe, la belgitude ultra-bourgeoise; pour moi c'est aussi fort que du Cipriani (Harry's Bar de Venise) - oui je sais, je me répète -, le côté touristique en moins, c'est une façon de faire de la restauration qui tient à la fois du musée et d'une ultra-quotidienneté ultra-rassurante.

Bon, tout ce bla-bla pour dire, qu'il me tardait de découvrir (non, Laurent Syn, pas tester) le nouvel opus de la famille, et donc, vu qu'on peut pas réserver, direction Boitsfort avec Graziella.

Premier impact, la terrasse, belle, blindée de monde à 20h15; deuxième impact, la salle, grande, carrée, over-bruyante, des garçons au stress palpable courent en tous sens.

Un gentil blondinet à cravate nous sourit, nous annonce qu'il y a de l'attente, bientôt rejoint par une blonde "bossy" clairement "in charge" qui le regarde d'abord d'un air réprobateur pour nous inviter ensuite  à patienter dans le jeu de quilles, mais il y aura de l'attente, non je ne sais pas combien, pour un peux j'aurais cru avoir affaire à la dame des Brasseries G. ou pire, à celle du Yamayu. Doouchefroidisés par l'accueil et le côté réfectoire aussi bruyant que celui du Chamois à Leysin lors de mes classes de neige 1976, nous rebroussons chemin, notre envie d'américain frites bien calée dans la tête; en remontant dans notre automobile, je salive comme un vieux dogue de Bordeaux à qui on a annoncé un quart d'heure de retard pour ses croquettes Royal Canin.

Tant pis, on reviendra à 19h00 un lundi soir, direction l'autre Nielsbranche, Canterbury, en face des Etangs d'Ixelles.

Là tout pareil, c'est blindé, mais le maître d'hôtel, jamais stressé, à la fois patelin et superpro nous propose de prendre l'apéro en terrasse, le temps qu'un couple de jeunes retraités finisse sa dame blanche.

Rhâ fucking lovely, 20 minutes après nous sommes à table, une gueuze Boon devant moi (après un kir à l'apéro en terrasse, non il n'y pas de Spritz ici, pour ça il y a le Harry's Bar, Bloody Hell!)

Je pense à tous ceux, yelpeurs, tripadvisoristes et autres facebookiens chroniqueurs d'adresses qui crient à cor et à cri que quand même plus de 20 euros pour un américain c'est cher et que tout cela n'est pas très original, que ce n'est pas créatif, que c'est de la cuisine de brasserie et tutti quanti,je pense à eux, je pense à vous, et  faites-moi plaisir. Fermez les yeux, raclez l'américain à la fourchette, chopez deux feuilles de vrai cresson au passage, avec votre main gauche, trempez une frite chaude dans la mayo, mangez tout en même temps, jetez-vous une giclée de geuze ou de gamay maison, et recommencez.

Et surtout, observez ce moment où le service, comme si c'était un point d'orgue de la partition, débarrasse ton bol de frites presque vide pour vous ramener, dans la foulée de nouvelles frites chaudes, vraiment chaudes, et quelles frites, quelles frites!

C'est alors que passe Christian Nihoul, le célèbre pâtissier bruxellois, qui te glisse dans l'oreille, "et avec le café, c'est mes madeleines".

Jamais comme ce soir là, je n'ai mangé deux bols de frites autant "en pleine conscience". Serait-ce dû à la frustration initiale de la soirée?

WTF, nous irons encore au bois et nous retenterons le Grand Forestier, en attendant, l'émotion de ce qui ne change jamais est toujours aussi intacte au Canterbury.

Que le Monstre de Spaghetti Volant soit loué, Ramen!

Au Grand Forestier (nous n'y sommes pas allés)

Avenue du Grand Forestier 2
1170 Watermael-Boitsfort

Le Canterbury

2 avenue de l'Hippodrome

Bruxelles 1050

15:44 Écrit par Carlo dans Humeurs, Restaurants | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | |

Commentaires

Tu es devenu moins critique depuis ta médiatisation. J'ai justement testé le Canterbury et son soi-disant mythique américain, gros flop aussi avec mes fille@s qui ont pris le vol-au-vent noyé dans sauce et une addition bien salée pour achever le tout. Une brasserie pour frimeurs plein de tunes et pas trop exigeants sur le qualité/prix.

Écrit par : Eric | 14/08/2015

Éric, tu commences sérieusement à me les briser à invoquer ma médiatisation pour expliquer, pour expliquer quoi d'abord? Je n'oblige personne à partager ni mon avis, ni mon ressenti, ni mes émotions. Je paie mes additions et je dis ce que je pense . Et si d'aventure on m'invite j'attends de retourner à mes frais avant d'écrire.
Et quand je n'aime vraiment pas, j'en parle pas.
Cet argument - a la con- de "moins critique parce que connu" est, , vraiment un argument à la con. Et tellement facile, comme de traiter les clients d'une adresse de "frimeurs"", facile, trop facile.

Écrit par : Carlo | 14/08/2015

Les commentaires sont fermés.