16/11/2013

Un Pistolet-Orignal, fourré bien comme il faut !

 

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Le pistolet ! Déjà, il a le charme de ces produits, de ces plats, de ces spécialités dont le nom ne révèle rien tout en disant tout. Oui, le pistolet est de cette race là,  tout comme  l’américain, pour rester en belgitude, ou encore le saint Honoré ou le Kugelhopf pour aller ailleurs; le pistolet,  ce monument de belgobelgitude qui ne répondra jamais ni flamand ni wallon au grand recensement de qui est le wallon ou le flamand de service qu’un jour on nous fera peut être tous faire connectés à un détecteur de mensonges, le pistolet, commence par un mystère, celui de son nom.Pistolet, si tu permets que je te tutoies, pistolet mon ami, peu importe que ton nom évoque la pistole ou le pistor, d’abord, je veux te dire, arrête !

Arrête de disparaître, réveille toi, bon Dieu, c’est quoi ce laisser aller qui t’a fait tout doucement déserter les tables du petit déjeuner du dimanche de nos riantes contrées au profit de viennoiseries toujours plus grasses et sucrées, subrepticement envoyées par des espions à la solde d’Outre Quiévrain afin de mener tout doucement notre pays vers la décadence de par la lenteur de la digestion qu’elles impliquent?

Pistolet, reviens, reviens au matin, reviens à midi, et même le soir, tiens !

Et ça revient très fort! Oui, grâce à Valérie Lepla, conceptrice, initiatrice, et pistoleteuse en cheffe chez Pistolet-Original et le boulanger Yves Guns – ça ne s’invente pas, un type qui s’appelle Guns comme dans Gun’s and Roses qui fait des pistolets - le pistolet, le vrai pistolet revient!

Oui, ce magique petit pain dont la forme fendue évoque immédiatement la plus parfaite des paires de fesses alors que son volume, qui remplit parfaitement la main d’un honnête homme , est celui du sein nourricier idéal – ou ludique, le sein n’est pas toujours nourricier, mais je m’égare – le pistolet est une promesse de plaisir avant de donner du plaisir. A l’heure où le pain se doit de plus en plus d’être une nourriture diététiquement correcte, le pistolet est un iconoclaste. Sa mie doit être légère, elle n’est là que pour contraster sa croûte. Alors qu’un pain devrait durer trois jours, le pistolet joue la carte de l’éphèmere. Soufflé, aérien, croustillant, ses promesses ne durent que quelques heures.

Le pistolet est prétexte, je m’explique : le pistolet est certes parfait quand l’artisan qui le crée a percé son secret, et Yves Weapons, pardon, Yves Guns, il a foutrement mis le doigt dessus, mais le pistolet commence à exister, quand il lui arrive le meilleur du meilleur, pardonnez-moi mais le pistolet doit être fourré, et bien fourré encore bien! Et là, Valérie Lepla, vous avez frappé fort. Vous avez recruté le meilleur du meilleur, en commençant par Yves Guns, vous avez attaqué ces pistolets par le milieu pour leur offrir la substantifique moelle de notre artisanat local.

Haché, oui du haché de porc cru, mais non vous n’allez pas mourir du ténia constrictor ; américain à base de bonne viande rouge des Flandres de chez Hendrik Dierendonck, boudin blanc, gouda jeune, bloempanch ,  crevettes épluchées main, ou même juste beurre salé.

Celui qui n’a pas mordu dans un pistolet tout frais, fourré d’américain cressonnette, en buvant une vraie gueuze de chez nous n’a qu’une connaissance très imparfaite du bonheur.

Alors? Si pour nombre d’entre nous, et surtout toi qui a moins de vingt ans, si pour toi le pistolet ne veut plus dire grand chose, si donc pour certains, le cordon ombilical s’est rompu entre notre estomac, notre cerveau imaginaire et ce miracle à deux bosses qu’est le pistolet, ce n’est pas grave, il revient, et de bien belle manière, et surtout, il nous révèle une fois encore qu’il y a chez nous des hommes et des femmes qui n’ont pas fini de nous donner envie d’une fois bien manger.

Pistolet-Original

Rue Joseph Stevens 24

1000 Bruxelles

Ouvert 7/7

13:39 Écrit par Carlo dans Plats cultes, Restaurants | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | |

03/11/2013

Les Brigittines

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J’avoue qu’il m’arrive de m’énerver de temps en temps – juste un un peu - sur la cuisine en morse où l’on nous distille les points se sauce rythmés par les feuilles d’oxalys. 

Même que j’en suis arrivé à une opinion que je continue de partager,  la nécessité d'une reconnaissance plus grande des chefs qui pratiquent une Nouvelle Gourmandise, avec un grand N et un grand G, faite de bonnes choses avec bien de la sauce, basée sur des produits exceptionnels, des goûts intenses et profonds.

Oui, cette Nouvelle Gourmandise –pas un truc passéiste, hein, comprenons nous bien – un retour à de la gourmandise du ventre, un peu premier degré, de ces plats qui quand vous les carrez dans vos papilles, votre cerveau n’envoie qu’un seul message à votre bouche et le réflexe parasympathique qui s’en suit fait que vous ne pouvez que parler la bouche plein pour dire : merde, c’est bon!

C’est animé de cette ferme intention de bien me chatouiller la langue sans pour autant me démolir l’estomac, cette envie de une fois bien manger sans pour autant trop manger que je suis retourné aux Brigittines, un endroit que je trouve de plus très joli, entre le restaurant pour grand-mères et la brasserie classique. 

A la réservation la dame au téléphone était toute fière de m’annoncer qu’il y a désormais un voiturier, confort tout à fait appréciable dans ce quartier, je dis çà pour les waterlootois qui ne veulent plus sortir de leur province passke à Bruxelles ya pas mille places de parking par commerce.

Déjà j’aime l’idée qu’on peut se commander une petite Cantillon, pas un tanker,  à l’apéro, mon estomac est prêt.

Dirk Miny, le chef,  me disait cet été : « Quand j’ai très soiv hein, je me mets en terrasse au Moeder, je bois un tout petit peu d’eau, puis une gueuze Cantillon très fraijhein , et je suis dans une sorte de transe » ; un type qui vous dit ça est à la fois poète au centième degré et épicurien au tout premier!

Dirk pratique ce que l’on appelle dans les chroniques de guides une cuisine de brasserie haut de gamme, et ça ne veut rien dire. Il fait SA cuisine et il aime les classiques bien gourmands sans que ça ne l’empêche de créer constamment des plats qui reposent sur les bases solides de ces accords gourmands puissants issus d’une maîtrise totale du savoir faire classique.

Pour faire simple, vous irez chez lui autant pour un morceau de viande parfaitement cuit et reposé, pour un plat que vous avez en tête avant de rentrer,  que pour un truc que vous découvrirez sur place et qui vous donnera une énorme envie.

Alors, la dernière fois, ça donnait quoi?

Je suis rentré pour le vol-au-vent, je vous en parle dans dix secondes, j’ai attaqué par une suggestion du chef (le chef vient le plus souvent prendre la commande) Un bouillon de crevettes d’une intensité de type qui goûte et regoûte sa cuisine, avec des crevettes et des lamelles de viande Holstein maturée. 

Dirk a aussi créé le zenne pot, un truc de malade, du chou, des bulots, de la saucisse, du bloempanch, à vivre à deux parce que un zennepot tout seul et le vol-au-vent ne tient pas !

Bon, je termine là dessus, le vol-au-vent : 

Arrive une assiette, avec juste un carré de pâte feuilletée. Le chef est là, casserole en cuivre en main. Et boum, une quenelle, du poulet, du ris de veau, une crête de coq, la sauce, et repâte feuilletée par dessus. Mais si, vous mangerez la crête de coq !

Que de la joie!

Allez, un bémol?

Un tout petit. Les frites sont bonnes mais elles ne me retournent pas. En même temps, avec le vol-au-vent et la pâte feuilletée, si j’afonne les frites, je perds le bonheur du vol-au-vent.  

Bon, je vous laisse, je dois retourner au Viva M’Boma, à la Friture René, au Zinneke, à la Bonne Humeur, chez Yves Lemercier, à Waterloo. Youpeeee, il y aura même du parking, hein !

Restaurant Les Brigittines - Aux Marches de la Chapelle
5 Place de la Chapelle – 1000 Bruxelles

Heures d’ouverture : 12h » 14h30 - 19h > 22h
Fermé le samedi midi, le dimanche et les jours fériés.

 

12:04 Écrit par Carlo dans Restaurants | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chefs, restaurants |  Facebook | |