01/05/2013

Brussel's French Connection!

 

 

restaurants, chefs

A côté - ou grâce à eux , qui sait- des réfugiés économiques hexagonaux, le mangeur bruxellois curieux aura vu débarquer ces dernières années une French Connection de l'assiette qui nous secoue utilement les papilles.

L'occasion de pousser une réflexion d'une profondeur incommensurable, j'en suis sûr:la France dans l’assiette pour nous les bruxellois, c’est tellement près, c’est tellement naturel, qu’il nous est difficile d’y porter un vrai regard, de s’y intéresser comme on s’intéresse aux cuisines « exotiques ». Même l’Italie, si connue, si appréciée, mais en même temps plus éloignée, nous semble plus facile à appréhender comme un tout dans lequel on plonge avec ravissement. La France, pour nous belges – à fortiori pour moi, champenois à 50 pour cent par maman qui l’est à 100 pour cent, champenoise – est à la fois voisine, différente, et totalement en nous!

Pourtant, si en Belgique nous nous réclamons d’une cuisine française qui compterait nombre de plats… à la belge, si de fait, la France est faite de régions dont certaines  –la Lorraine, la Picardie, la Flandre – sont partagées entre nous, il est des différences, non tant dans la cuisine en elle-même, mais dans la façon de manger.

Le manger à la française diffère encore beaucoup du manger à la belge et si le français et le belge s’adaptent très vite au régime alimentaire du voisin, il est encore nombre de différences.

Le repas des français (qui a été inscrit au patrimoine mondial immatériel de l’humanité humaine de l’Unesco, en avait-il besoin?) commence bien plus souvent par un hors d’œuvre là où nous privilégions le plat unique. Or, cette habitude du hors d’œuvre, même dans les repas familiaux les plus simples, permet d’ingérer, non sans profit pour notre petit corps, une belle quantité de légumes, sous forme de crudités, qui bien réalisées sont un vrai bonheur gustatif. Une petite carotte râpée (fin !) minute, juste assaisonnée de sel et citron, une délicieuse salade de betterave ou un jouissif céleri rémoulade aiguisent l’appétit, sans oublier le parfois nécessaire pâté en croûte!

De même, nos voisins termineront rarement un repas sans fromage là où nous le réservons soit à nos tartines, soit à des repas un brin plus formels. Il n’est qu’à voir la rareté d’un plateau de fromages digne de ce nom dans la plupart des restaurants chez nous!

Nous avons aussi un rapport aux produits un tout petit peu différent, qu’il me soit permis ici de donner un exemple sociologiquement tout à fait scientifique: s’il m’arrive d’inviter une jolie quadragénaire bruxelloise dans une bonne table française tenue par un français à Bruxelles, tiens, chez Max[1] par exemple, je n’oserai même pas commander une andouillette, de peur de décourager pour toujours la belle d’envisager, ne serait-ce qu’un instant de mélanger sa langue et la mienne (après l’andouillette). La même situation vécue avec une parisienne aux muscles saillants sculptés par la marche forcée et obligatoire dans les rues de Paris verra notre interlocutrice commander elle-même l’andouillette en question, avec une gourmandise affichée, poire provocante, si, si.

Alors, quand je me sens plus français qu’italien, que fais-je, où vais-je dans notre capitale si prisée désormais par la France qui gagne?

Outre Max précité, j’aime plus que tout fondre de plaisir chez celui qui, de basque est devenu en vingt ans bruxellois flamand, j’ai nommé David Martin à La Paix[2]. Si sa brasserie est gastronomique, s’il aime que l’on apprécie ses tours de force, il n’est jamais aussi gourmand que dans son répertoire de viandes, volailles et légumes raffinés et encanaillés à la fois.

Le Café des Spores[3] – je ne suis pas encore allé à la Buvette, merde ! – accouché d’un français et d’un belge (les champignophages dont je suis regrettent amèrement qu’il ait quitté la restauration, Pierre Lefèvre) - maintenant repris par un chef parisien, excite toujours autant mon appétit.

Et puis, il y a la jeune French Connection, les jeunes surdoués à poil long (ou élaboré, entre barbes, moustaches et rouflaquettes) qui ont conquis les mangeurs éclairés bruxellois.

 Damien Bouchery et son Bouchéry[4] qui s’impose comme une référence du PGB (Paysage Gastronomique Bruxellois), Nicolas Darnauguilhem, du brillant Neptune, les géniaux frères Folmer à Heverlee (mais non, ce n’est pas loin) [5].

Et enfin, quand je souhaite vraiment me réjouir la couenne tout seul comme un grand, je traîne au marché Flagey, chez Douce France, pour faire le plein de Jambon à l’os, de pâté en croûte, de pieds de porc farcis et de boudin blanc; la veille j’aurai acheté une volaille qui déchire sa race au Marché des Chefs[6], et dans ma cocotte Le Creuset (made in Saint Quentin) ronde 30 cm noire[7], la volaille aura trouvé une deuxième mort digne de son rang, tandis que les cuisses, détachées de la carcasse, mourront une troisième fois au contact de la fidèle poêle en fer de Buyer[8] (made in Val d’Ajol)…

 J’aurai acheté mes fromages chez Julien Hazard[9], parce qu’il est le meilleur et le pain sera sorti des fours du Saint-Aulaye[10], allez, vive la France!



[1] Chez Max, Coiffeur pour hommes, chaussée de Waterloo 550 a, 1050 Bruxelles

[2] La Paix, rue Ropsy-Chaudron 49, 1070 Bruxelles

[3] Café des Spores, chaussée d’Alsemberg 103,  1060 Bruxelles

[4] Bouchéry, chaussée d’Alsemberg 812a, 1180 Bruxelles

[5] Couvert-Couvert 171,Sint-Jansbergsesteenweg, 3001 Heverlee

[6] Marché des Chefs, rue Lens 38, 1050 Bruxelles

[7] La mienne vient de chez Mmmmh!, 92 chaussée de Charleroi, 1060 Bruxelles, bien entendu!

[8] Pareil!

 

[9] Julien Hazard, fromager (vraiment) affineur, rue Vanderkindere 137, 1180 Bruxelles.

[10] Le Saint-Aulaye, rue Vanderkindere 377, 1180 Bruxelles

05:58 Écrit par Carlo dans Humeurs, Restaurants | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : restaurants, chefs |  Facebook | |

Commentaires

Jolie chronique ;)

Il faut aller à la Buvette!!!

Écrit par : Rosa | 02/05/2013

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