20/02/2010

Pas le temps?

Donc, ma chronique qui paraît dans le magazine "Ambiance Culinaire":

Ca y est, on y est, les temps bénis de la passion de la cuisine ont gagné nos contemporains. L’année 2009 a vu la cuisine envahir les magazines, l’internet, la télévision, la radio. Oui, la cuisine est partout.

 

Fini le bon vieux temps où la cuisine n’était digne que des dernières pages des magazines, otage permanent de tristes fiches recettes, qui sentaient le chou et le poireau trop cuit.

 

La cuisine est rentrée dans toutes les maisons dont elle n’aurait jamais dû sortir. Nos contemporains s’informent, suivent la vie des grands chefs, redécouvrent les produits du terroir, s’enthousiasment pour le siphon, applaudissent toujours à la cuisine moléculaire tout en rêvant de pot-au-feu, waterzooi et autres carbonnades.

 

Cuisiner?  Une passion décidément masculine et féminine, un moment à partager en famille, une activité que l’on pratique avec les enfants, un hobby que l’on affirme fièrement; alors qu’il y a moins de deux décennies, les hommes avouaient parfois difficilement se passionner pour les fourneaux, les casseroles et ce qu’il y avait dedans.

 

Alors, amis gastronomes, mission accomplie? Nos contemporains sont-ils sauvés de la malbouffe? Vont-ils retrouver le lien ancestral qui faisait que la cuisine se transmettait dans les familles? Allons-nous enfin manger tous mieux, et surtout tous les jours mieux?

 

Les « communicateurs culinaires » dans mon genre sont-ils bientôt au chômage ? Ou au contraire, le besoin de cuisine sera tellement fort que nous devrons mettre les bouchées doubles pour proposer toujours plus, toujours mieux ?

 

Je suis toutefois obligé de constater – et ça me réjouit, il nous reste du boulot! – que quelques petites choses qui vont forcément de soi si on vraiment envie de s’y mettre ne sont pas encore intégrées par tous.

 

Tout d’abord, qu’on se le dise au fond des chaumières, bien manger, ce n’est pas seulement le week-end, ou lors d’une sortie au restaurant; non, bien manger, c’est une attitude qui nous permet de mieux vivre, dans tous les sens du terme (oui, aussi au niveau d’une alimentation diétético-politiquement correcte) au quotidien.

 

Oui, mais on m’objectera «Ca prend du temps !». Nous y voilà: «Ca prend du temps» est l’objection la plus courante qu’un militant de la chose culinaire se prend dans les portugaises…

 

Notre époque vit quand même un rapport bizarre avec la notion du temps; un peu comme si «ne pas avoir le temps» était le dernier snobisme, marqueur d’une vie riche et féconde où l’on a du «temps» pour les choses importantes (comme l’homme d’affaires dans le Petit Prince de Saint-Exupéry), et que justement, manger correctement n’en ferait partie qu’à temps très partiel.

 

Ah ça oui, on aime la cuisine, mais, au fil des jours de la semaine, on n’a «pas le temps» de cuisiner, de déjeuner, de faire le marché, etc.

 

Et si on considérait que se faire du bien à soi et à ses proches (reprenons l’antienne «du temps pour moi» qui a un certain succès ces derniers temps) c’était quelque chose de nécessaire, forcément nécessaire?

 

Et si on essayait de faire de cette passion de la cuisine, une passion du quotidien qui nous conduise à ne plus jamais la considérer comme une corvée?

Et si on pouvait vraiment se mettre dans la tête que manger bien n’est pas un plaisir qu’il faut compenser forcément par de la culpabilité ou des régimes?

 

 

Je ne prône pas ici l’excès, la manie, la maniaquerie, non! Juste une envie de dire que la cuisine, c’est, tous les jours, l’occasion de faire attention à soi, tout en faisant attention aux autres, et voila peut-être bien une conquête que nous tous, apprentis gastronomes devrions mettre au calendrier des choses à faire en urgence, bien avant que nos agendas nous disent que nous avons le temps.

 

 

 

 

06:29 Écrit par Carlo dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | |

Commentaires

Bravo Bel envoi! Quelle conviction, je vais de ce pas remettre le nez dans mes casseroles...

Écrit par : Renée | 22/02/2010

Sois tranquille, du pain sur la planche, c'est pas ça qui devrait te manquer! Je rentre de deux jours dans le Quercy à la découverte des "bistrots de pays", un nouveau label mis sur pied par les régions.... un magnifique loupé!

Écrit par : Emmanuelle | 25/02/2010

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