24/12/2006

Bonnes feuilles again

J’en avais déjà causé, mais ce week-end me donne l’occasion d’y revenir, deux petits bouquins pour commencer à appréhender un « état des lieux » de la cuisine aujourd’hui…

"A boire et à manger" Périco Légasse et Roger FeuillyA boire et à manger", Et si c'était bon ? : Eloge de la nouvelle

"Et si c'était bon?" de Jean-Marcel Bouguereau 

Le premier est un recueil de textes, orchestré par Périco Légasse, rédac chef de Marianne et en charge de la gastronomie dans cet hebdo, et Roger Feuilly, initiateur du mouvement Slow Food en France…

 

Le second, est un un éloge (c’est marqué sur la couverture) de la nouvelle nouvelle cuisine, celle qui mousse et qui fait des bulles ;-))par Jean Marcel Bouguereau, ancien rédac chef de Libé, journaliste au nouvel obs et découvreur pour les lecteurs français, de Ferran Adria, du temps où Ferran n’était connu qu’en Espagne…

 

L’intérêt de ces bouquins ?

 

Pour les avoir lu, et n’étant pas sûr d’avoir tout retenu (j’ai même tendance à oublier de plus en plus vite, c’est pas très rassurant) l’intérêt premier de ces livres c’est le questionnement qu’ils provoquent sur le « fait gastronomique », sur le « fait culinaire », si tant est que nous soyons un peu passionnés par la question…Et si nous ne le sommes pas, vous ne seriez pas en train de lire ma prose.

 

Ce qui est formidable avec la cuisine, avec la gastronomie, avec cet « art de vivre » c’est que la querelle entre les anciens et les modernes est continue, et dès que l’on s’accroche à une valeur (appliquée à la cuisine) , quelle qu’elle soit : le terroir, la modernité, l’art, la « nature des choses», l’authenticité, dès que l’on s’attache à l’une de ces valeurs qui ont l’air tout à fait rassurantes, on s’aperçoit qu’il est bien difficile de les définir, et surtout qu’il est bien difficile de dire qui a raison et qui à tort en matière de soi disant « justesse du goût… »

 

Et d’ailleurs ces deux là, Légasse et Bouguereau s’envoient quelques vannes (enfin c’est plutôt Bouguereau qui s’en prend à Légasse en le traitant de conservateur assis sur sa béarnaise et n’hésitant pas à le comparer à certain critique qui vitupérait il n’y pas si longtemps sur des saint jacques à l’orange qui nous paraissent bien anodines aujourd’ hui…)

 

Et ces vannes font un peu sourire quand on sait que de toutes façons il n’y aura jamais de gastronomie si avant-gardiste qu’elle nous fasse oublier les bonheurs de choses simples et goûteuses et…terroir…et de même, comme tous les arts et techniques, la cuisine se doit d’avoir une avant garde (qui comme toutes les avant gardes sera un jour oubliée ou classique) et cette avant-garde doit nous faire rêver, poser question, nous donner envie de nouvelles découvertes et expériences…

 

Les grands chefs eux-mêmes n’en sont pas à une contradiction près, quand on voit que des étoilés ont même poussé un cri en 1996 pour une croisade contre le métissage culinaire (Ducasse et Robuchon notamment) et le même Ducasse d’ouvrir en 1998 le premier Spoon, temple de la cuisine fusion la plus fusionnisante !!! (cité par Bouguereau)

 

Même si j’ai instinctivement un peu plus de sympathie pour Bouguereau – sauf quand il nous explique que l’on a jamais si bien mangé en France, « que tout va bien sauf peut être les tomates, mais ça s’arrange ma bonne dame»…

 

A part ça il aime, il adore, la cuisine très moderne, et en même temps il souligne l’importance d’un mouvement comme le slow food, il insiste sur la perte de légitimité des guides ces dernières années, il plaide pour le restaurant en tant que lieu de plaisir et de convivialité et non pas d’endroit pour assemblées de conservateurs coincée, un vrai bobo intello de la cuisine nouvelle ce bon vieux Jean Marcel!

 

Et le bouquin de Légasse et Feuilly? Il ne s’agit « que » d’un recueil de textes, avec quelques belles perles de la par de Légasse (notamment une phrase malheureuse à l’encontre du vin naturel, qui contraste tristement à « l’appel du terroir » qui sous-tend nombre de ses propos)

 

Et on y trouve dans le désordre…

 

Un passionnant article de l’écrivain Capatti qui explique bien les aller retour de nouvelle à vieille et renouvelle cuisine au siècle dernier…

 

Un article un peu réactionnaire de Natacha  Polony qui se termine par « la résistance est dans le pot au feu », résistance à la perte de valeurs culturelles…Tout cela est un peu désuet, mais ça donne à réfléchir…

 

Un manifeste de Petrini (fondateur de slow food) sur le « bon, juste et propre »…

 

 

Au final, de bonnes et saines lectures qui conduisent à la réflexion, jamais inutile avant de se mettre à faire !

 

Allez, là dessus, Joyeux Noël, prenez le temps !

 

08:33 Écrit par Carlo dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | |

Commentaires

Merci... Oui Merci... ... Carlo d'avoir aéré ta prose !!! Je vais pouvoir m'endormir les yeux reposés en pensant à tous ces critiques gastronomiques. Merci encore !! ;-)))))

Écrit par : Christian | 25/12/2006

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