04/05/2006

Regressive dinner (1)

"Rosticceria fiorentina", wadesda? Personne parmi ceux qui "savent" n'appelle cet endroit de cette manière et pourtant, c'est ce que renseigne la devanture depuis 1962...Nous sommes en plein quartier européen comme on dit, à l'ombre du Berlaymont qui sort tout doucement de sa torpeur amiantée qui l'a condamné pendant plus de quinze ans... Voilà qui n'a entamé ni la prospérité de cet endroit, véritable antre d'eurocrates de toutes nationalités, ni la légendaire humeur typiquement "toscane" des exploitants... "Rosticceria fiorentina"…c’est son nom, et pourtant je n’ai jamais entendu personne le prononcer. Pour moi, et surtout pour plein d’autres, c’est chez Nardi, du nom du patron fondateur, toujours en activité (un peu au ralenti, mais toutefois, il est toujours là)…Fiorentina ? On se dit qu’on est chez des toscans, ces princes de la gastronomie qui ont enfanté de si grandes maisons…De fait, on est vraiment dans une osteria, trattoria, ou ce que vous voulez en –ria, mais surtout pas une pizzeria…Ici les murs, même s’il reçoivent une couche de peinture blanche de temps en temps, sont les mêmes depuis toujours, idem les tables, recouvertes de nappes en papier, et pareil les chaises – je ne pourrais les décrire tellement elles doivent être banales -  On ne vient certes pas pour le cadre, et on se dit que l’outil de production doit être amorti depuis longtemps…Alors pourquoi vient-on ? On m’aurait posé la question il y a dix ou quinze ans, j’aurais dit on vient pour de la vraie cuisine italienne, par contraste avec ce qui se fait dans les restaurants pseudo-italiens qui encombrent la capitale…Mais les temps ont changé, on trouve de plus en plus de bonne cuisine italienne de par le vaste Monde, alors ? Et d’abord est-ce bon et que mange-t-on ? Des antipasti, des primi et des secondi qui nous font même la gentillesse d’être dans le bon ordre à la carte…En fait, avant de répondre à la question de savoir si c’est bon ou pas, on mange ici presque à 100% comme on mangerait dans un endroit de même allure dans quelque village ou petite ville de Toscane…Certes l’on se compromet bien çà ou là (on vous propose quand même, horresco referens, des pâtes en accompagnement de votre « secondo » ) ou un steack au poivre vert (que l’on voit d’ailleurs souvent au restaurant en Italie aussi)…Certes encore, la carte est la même depuis le premier jour, et il n’est pas question une seule seconde d’une quelconque création culinaire, à tout le moins, un artisanat qui tente de bien faire…Est-ce bon, bis repetita? De fait, je crois qu’avant d’être bonne, c’est une cuisine qui rassure…Elle a rassuré des containers d’italiens arrivé sur les berges de la rue de la Loi, ayant dû abandonner la sauce tomate de maman, des wagons d’expats des six puis des neuf puis des douze des quinze et des vingt-cinq qui, cornaqués par les ritals précités venaient se frotter au rude caractère toscan, et enfin, accompagné tous les âges des enfants des premiers et des seconds, les habitués de ce restaurant la semaine y emmenant (fait rarissime dans la restauration) volontiers la famille le week-end…

Rassurants les « spaghetti aglio e olio » où l’ail est peut-être doré (c’est une façon de faire que je ne fais ni ne recommande jamais d’habitude) ; rassurante l’escalope milanaise, servie avec le « contorno » à part – et le "contorno" le plus typique est fait de légumes verts, scarole, épinards ou mieux encore, bettes), rassurant encore le « ragù » que j’ai longtemps considéré comme le meilleur de la capitale, rassurants enfin ces plats du jour immuables comme le rôti de veau ou le lapin au romarin qui manque rarement en suggestion le dimanche…J’ai usé là quelques culottes courtes, puis ensuite quelques pantalons en flanelle à pinces si typiques d’un certain look que j’aimais arborer au début des années 80, alors que j’étais lycéen dans le quartier (on arrivait à y aller sur les 50 minutes que durait notre pause déjeuner); j’y ai été longtemps infidèle, et maintenant j’y retourne de temps en temps, on l’a dit, pas pour l’émotion gastronomique, mais pour y retrouver l’assiette qui rassure, celle sur laquelle on peut compter, celle qui ne trahit pas. Le Berlaymont peut se parer de nouveau atours, la rue de la Loi peut rétrécir dans le sens de la largeur, la rue Archimède changer de sens unique tous les ans, Nardi restera égal à lui-même, on ne lui demande d'ailleurs rien de plus, rien de moins.

Rosticceria Fiorentina

43 rue archimède

1000 Bruxelles

fermé le samedi

(1) Pour ceux qui ont besoin de sous-titres je fais là une très fine allusion aux "progressive dinners", le nouveau concept "fooding" branché à-la- mode- t'es-pas au-courant-dis?

19:28 Écrit par Carlo | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | |

Commentaires

J'aime mangé mais pas cuisiner!
Bonne soirée.

Écrit par : Bruno | 04/05/2006

Salut Carlos Une bonne soirée
A+

Écrit par : Charles | 04/05/2006

cours de cuisine sarde Merci beaucoup pour l'agréable journée passée en ta compagnie.
J'ai énormément apprécié ton côté méditérannéen et ta passion pour la cuisine.

Écrit par : Chantal | 11/05/2006

Pourquoi on y vient ? J'ai fait mes primaires avec Giovanna Nardi et ai souvent eu l'occasion, le midi, d'aller manger chez ses parents que je connais bien.
Mes meilleurs repas italiens, c'est là que je les ai connus !
Avec l'âge, j'ai fait des infidélités à la Rosticceria fiorentina mais n'ai jamais aussi bien mangé que rue Archimède.
Bien qu'ayant perdu Giovanna de vue et ayant quitté Bruxelles depuis longtemps, sa maman me reconnaît encore à l'heure actuelle où j'ai 30 ans de plus.
Eh oui, la mémoire des Nardi, c'est aussi ce qui fait leur valeur.
Ma cote : 10/10 !

Écrit par : Dominique | 08/07/2008

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